20 Solos For Piano Volume 1
20 transcriptions pour piano de Fats Waller d'après les enregistrements originaux
Transcrit par Paul Marcorelles
2nd édition, 136 pages
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1904 - 1943
Waller fut l'élève et le protégé de James P. Johnson, l'un des fondateurs du stride piano de Harlem. Il développa rapidement un style très personnel, associant la rigueur de la technique stride de Johnson à une extraordinaire liberté rythmique et à une grande imagination mélodique. Sa célébrité comme chanteur et amuseur a parfois éclipsé son importance en tant que pianiste, mais ses enregistrements en solo révèlent l'un des pianistes les plus inventifs de sa génération.
Fats Waller - Somebody Stole My Gal (1935)
Thomas Wright Waller naît à New York en 1904. La musique est présente dès son enfance : son père est pasteur baptiste et sa mère joue du piano et de l'orgue. Waller apprend très jeune les instruments à clavier et développe un attachement particulier pour l'orgue, qu'il continuera à pratiquer tout au long de sa carrière. Il deviendra par la suite l'un des pionniers de l'orgue dans le jazz.
Après la mort de sa mère alors qu'il est encore adolescent, Waller quitte le foyer familial. Durant ces années de formation, il subit l'influence déterminante de James P. Johnson, qui devient son mentor et lui donne de solides bases dans la tradition du stride piano qui s'est développée à Harlem.
Le stride piano est issu du ragtime, mais offre une liberté beaucoup plus grande en matière de rythme et d'improvisation. Sa main gauche caractéristique alterne notes de basse ou dixièmes et accords, créant une puissante assise rythmique au-dessus de laquelle la main droite peut improviser librement. Waller acquiert une maîtrise exceptionnelle de cette technique : sa main gauche maintient une pulsation qui semble ne lui demander aucun effort, tandis que sa main droite développe mélodies, ornements et surprises rythmiques.
La vie musicale de Harlem offre également un environnement idéal au développement de ce style. Des pianistes comme James P. Johnson, Willie "the Lion" Smith et Fats Waller se produisent dans les clubs et lors des célèbres rent parties, soirées au cours desquelles plusieurs pianistes peuvent jouer successivement et parfois s'affronter lors de cutting contests informels. Waller devient l'un des représentants les plus singuliers de cette tradition du stride piano de Harlem.
Fats Waller réalise ses premiers enregistrements en 1922, à l'âge de dix-huit ans. Muscle Shoals Blues et Birmingham Blues comptent parmi ses premiers solos de piano enregistrés et révèlent déjà l'assurance d'un jeune pianiste remarquablement accompli.
Durant les années 1920, il travaille beaucoup comme pianiste et organiste, accompagne des chanteuses de blues et enregistre des rouleaux de piano mécanique (piano rolls), qui constituent encore à cette époque un important moyen de diffusion de la musique pour piano. Il participe également activement à la vie nocturne de Harlem et joue lors des rent parties, où les pianistes de stride sont particulièrement recherchés.
Waller se fait progressivement connaître non seulement comme interprète, mais également comme compositeur. Sa collaboration avec le parolier Andy Razaf est particulièrement féconde. Ensemble, ils contribuent à des chansons et à des spectacles qui entreront dans le répertoire populaire américain. Parmi les compositions associées à Waller figurent Honeysuckle Rose, Ain't Misbehavin', Keepin' Out Of Mischief Now et Black and Blue.
Comme de nombreux compositeurs de chansons de l'époque, Waller vend parfois ses compositions pour des sommes relativement modestes. De nombreuses histoires circulent depuis longtemps au sujet de chansons à succès qu'il aurait composées, ou auxquelles il aurait contribué, sans en recevoir officiellement le crédit. Ces affirmations sont difficiles à établir avec certitude, mais elles témoignent du monde prolifique et parfois informel de la chanson populaire dans lequel il évoluait.
Fats Waller - Saint Louis Blues (1925)
À la fin des années 1920, Waller est déjà reconnu comme un pianiste stride exceptionnel. En 1929, Victor enregistre une importante série de solos de piano qui comptent encore aujourd'hui parmi les démonstrations les plus remarquables de son style pianistique.
Ces séances produisent certains de ses plus beaux et plus célèbres enregistrements de stride piano, parmi lesquels Handful Of Keys, Sweet Savannah Sue, Smashing Thirds et Numb Fumblin'.
Ces interprétations permettent d'entendre avec une clarté particulière les caractéristiques essentielles du jeu de Fats Waller : une main gauche stride puissante mais souple, un swing très marqué, des traits mélodiques rapides, des accents inattendus et une capacité apparemment inépuisable à varier une idée musicale. Derrière l'humour et la spontanéité se cache une technique pianistique exceptionnellement maîtrisée.
La radio joue un rôle important dans la popularité croissante de Waller au début des années 1930. Son humour naturel, sa voix reconnaissable et sa capacité à improviser aussi bien verbalement que musicalement conviennent particulièrement bien à ce nouveau média.
En 1934, sa carrière entre dans une nouvelle phase avec les enregistrements de Fats Waller and His Rhythm, formation généralement composée de six musiciens et construite autour du piano, du chant et de la personnalité de Waller. Le groupe devient extrêmement prolifique et enregistre des centaines de morceaux au cours des années suivantes.
Ces enregistrements font de Waller un artiste populaire de premier plan. Ses commentaires comiques, son chant enjoué et sa capacité à transformer les chansons populaires les plus ordinaires en interprétations très personnelles le rendent immédiatement reconnaissable. Pourtant, l'amuseur n'efface jamais complètement le pianiste : courts passages stride, ponctuations, riffs et inventions rythmiques parsèment constamment ses enregistrements.
Son succès dépasse largement le disque. Waller apparaît régulièrement à la radio, effectue de nombreuses tournées et joue dans plusieurs films. Dans la seconde moitié des années 1930, il est devenu l'un des artistes afro-américains les plus connus aux États-Unis.
Go Down Moses (Radio broadcast, 1940)
L'immense popularité de Waller comme chanteur et amuseur a parfois éclipsé l'importance de son jeu pianistique. Derrière le personnage comique se trouvait un musicien doté d'une technique redoutable, d'une grande précision rythmique et d'une approche très personnelle de l'improvisation.
Son influence dépasse largement la tradition du stride de Harlem. L'association d'une main gauche puissante, d'un swing décontracté, d'une grande invention mélodique et d'une remarquable liberté rythmique montre comment le langage ancien du stride pouvait évoluer vers une forme plus moderne de piano jazz.
Ses enregistrements en solo sont particulièrement révélateurs. Sans le chant ni l'humour de scène, ils dévoilent toute l'étendue de son talent : de la puissance sans lourdeur, de la virtuosité sans rigidité et une capacité rare à donner à un jeu pianistique techniquement exigeant une apparente spontanéité.
Fats Waller continue à se produire intensément jusqu'aux derniers mois de sa vie. Il meurt d'une pneumonie le 15 décembre 1943, au cours d'un voyage en train qui le ramène de la côte Ouest. Il n'a que trente-neuf ans.
Sa carrière n'aura duré qu'une vingtaine d'années, mais il laisse un patrimoine discographique exceptionnellement abondant comme pianiste, organiste, compositeur, chanteur et chef d'orchestre. Ses meilleurs solos de piano demeurent des témoignages essentiels du stride de Harlem et comptent parmi les interprétations les plus singulières de l'histoire du piano jazz.
"One never knows, do one...?"
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